Un article dans la section “opinions” du Nouvelliste du 17 mars 2010 a attiré mon attention ce matin. C’est un constat généralisé dans de nombreuses villes : le respect de l’environnement au détriment de la construction. En parler et dénoncer est un geste légitime de la part de tout citoyen. Je vous partage donc ce texte.
Lettre à Pierre Desjardins, de la Ville de Trois-Rivières, directeur du service d’Aménagement, gestion et développement durable du territoire.
J’adore ma ville et je suis très fière des développements qui y ont eu lieu dans les dernières années. Par contre, je trouve que notre ville, malheureusement, s’enlaidit à certains points de vue.
En effet, l’expansion des nouveaux secteurs résidentiels a eu pour effet la disparition de milliers d’arbres et fait de Trois-Rivières une ville de plus en plus terne, faite de béton et d’immeubles résidentiels successifs très semblables, pour ne pas dire identiques dans bien des cas. Côte Rosemont en est un exemple frappant. Tous ces immeubles à logement identiques et sans arbre mature entre la rue De la Terrasse et la rue Laflamme sont assommants. Et ça ne s’améliore pas ensuite avec les nouveaux condos, eux aussi identiques les uns aux autres et avec environ trois arbres pour une dizaine de condos entre Laflamme et la rue du Long-Saut.
Que dire du nouveau développement «Le boisé du château»? Quelques arbres ont été laissés, mais vraiment très peu. Il n’y a que les petits bouts d’arbre plantés après construction. Ça ne mérite pas le nom de boisé. En fait, toutes les nouvelles rues et les nouvelles constructions sont vides de géants verts. Quel contraste avec les quartiers plus anciens de Trois-Rivières où les arbres sont plus présents. Je pense à certaines rues des districts suivants de Rigaud, des Plateaux, des Terrasses, de Sainte-Marguerite. Quel beau quartier que celui compris entre le boulevard Des Chenaux et Nicolas-Perrot avec ses immenses arbres feuillus!
Vous répondrez certainement que le règlement municipal exige des propriétaires de planter au moins un arbre sur le devant de leur terrain. Je trouve ce règlement insuffisant et inefficace. La durée de croissance d’un arbre tournant entre 10 à 30 ans (et même plus), on se retrouve avec des quartiers sans vie pour plusieurs années.
Les arbres embellissent nos demeures et nos rues, fournissent de l’ombre, retiennent l’humidité, rafraîchissent l’air ambiant en été, gardent le sol en place, absorbent et filtrent plusieurs polluants, abritent les oiseaux et autres animaux et insectes. Ils méritent donc toute notre attention.
Les quartiers peuplés d’arbres matures ont plus de valeur et sont très recherchés. De plus, une ville boisée reflète la santé, ce qui n’est pas seulement une impression puisque les arbres sont les poumons de la Terre. Poumons dont la ville de Trois-Rivières aura de plus en plus besoin pour compenser sa croissance, l’augmentation de sa population et par le fait même, de la circulation.
Bien sûr, la politique du patrimoine forestier et paysager de Trois-Rivières, dans la foulée du lancement de celle du développement durable de la ville, est un bon début. Par contre, le point «accompagner les promoteurs lors des nouveaux développements immobiliers» où l’on parle de réglementation appropriée et de norme de couvert arborescent minimal me semble peu efficace. Peut-être la politique n’était-elle pas encore appliquée à ce moment ou est-ce parce qu’elle est trop permissive?
La Ville de Trois-Rivières doit se pencher rapidement sur le problème et voir quelles solutions sont envisageables, car au rythme où les nouveaux développements apparaissent, il n’y aura bientôt plus d’arbres à protéger. Nous devrions réviser le règlement qui concerne la coupe des arbres matures dans les développements immobiliers en le rendant beaucoup plus sévère. Je comprends que la construction est facilitée par l’absence d’arbre, mais est-ce une raison valable?
Il y a plus de 25 ans, mes parents se sont construits sur la rue de Liège. Au moins 80% des arbres qu’on voit encore dans ce quartier aujourd’hui étaient là à notre arrivée. Cinq arbres matures avaient été laissés sur notre terrain de et la construction a eu lieu malgré tout. Pourquoi ne serait-il pas possible d’imposer aux promoteurs immobiliers ainsi qu’aux propriétaires de conserver un certain nombre d’arbres matures sur leurs terrains?
Anne-Marie Poitras, Trois-Rivières